Thomas Brulport a rejoint Locogen en mai dernier dans nos bureaux édimbourgeois afin de réaliser un stage en tant qu’assistant ingénieur en Energies Renouvelables. Dans le cadre de ce stage, il travaille sur des projets du marché français aux côtés du Directeur de Locogen France, Cédric Gerbier. Dans cet article, Thomas nous partage sa vision sur la mobilité hydrogène, l’autoconsommation et les bénéfices potentiels de ces technologies pour les collectivités.

Dis-nous pourquoi tu as décidé d’orienter ta carrière dans les énergies renouvelables et ce qui t’intéresse le plus dans ce domaine ?

               Tout d’abord, je suis originaire d’un petit village Franc-Comtois de 160 habitants appelé Lomont sur Crête. Etant encore jeune garçon, je me rappelle encore très bien lorsqu’un parc éolien (parc éolien du Lomont) fut installé à quelques kilomètres de mon village. Depuis ce temps, je me suis intéressé et j’ai orienté mon cursus scolaire et professionnel sur les énergies renouvelables.

               Actuellement, je suis en train de terminer un double-diplôme d’ingénieur en Energies Renouvelables entre l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM) et l’université Heriot-Watt d’Édimbourg (Écosse). Durant mon séjour en Ecosse, j’ai gardé contact avec Cédric Gerbier, que j’avais rencontré au cours de l’été 2017 dans les bureaux de Locogen à Dijon lorsque je travaillais pour l’entreprise Justy Ingénierie Energie, elle-même basée à Dijon. Finalement, en février dernier, Cédric m’a offert l’opportunité de travailler pour Locogen à Edimbourg sur un sujet de stage des plus intéressants.

               De plus, avec les coûts des énergies solaire et éolienne terrestre qui dégringolent et les projets qui se multiplient, une majorité de personnes s’accorde à dire qu’il est extrêmement intéressant de travailler dans ce domaine en ce moment. En particulier, ce qui m’intéresse le plus à ce jour est le développement de l’autoconsommation ainsi que la mobilité hydrogène à partir d’hydrogène dit « vert ». En effet, ce sont deux aspects des énergies renouvelables qui s’appliquent à un niveau local et qui permettent d’impliquer tous les citoyens dans la transition énergétique.

 

Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Le projet sur lequel je rédige mon mémoire de Master est une étude de pré-faisabilité. Celle-ci est concentrée sur comment valoriser une ancienne décharge publique réhabilitée d’une ville de l’ouest de la France, en utilisant les énergies renouvelables.

Initialement, la principale piste évoquée était d’installer une ferme solaire photovoltaïque d’une puissance de plusieurs Mégawatt (MW) sur ce terrain, avec l’intention première de vendre l’électricité directement sur le réseau. Or, les projets situés au nord de la France sont pénalisés par un ensoleillement moindre par rapport à ceux du sud de la France et sont donc moins rentables à capacité installée équivalente. Par ailleurs, du fait du processus d’appel d’offre mis en place par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) basée sur le prix au Mégawattheure, les projets au nord de la France ont moins de chance d’être retenus et donc d’obtenir un tarif d’achat convenable, ce qui rend leur modèle économique caduque. Dans mon étude, j’explore donc d’autres manières de consommer l’électricité de cette centrale solaire.

               Pour moi, ce projet est extrêmement stimulant car j’apprends énormément de choses sur le contexte de l’énergie en France, sur l’autoconsommation ainsi que sur le développement de l’hydrogène comme carburant alternatif pour de nombreuses solutions de transport. Ce projet me permet surtout de faire partie d’une entreprise inspirante et innovante qui m’accompagne beaucoup dans cette montée en compétences.

 

Quels sont les livrables attendus à la suite de cette étude ?

               Le principal livrable que je fournirai à Locogen sera une pré-étude de faisabilité pour qu’ils puissent la présenter au conseil municipal de la ville concernée. Pour l’instant, six scénarios ont été identifiés comme réalisables et classés dans trois catégories : autoconsommation individuelle, autoconsommation individuelle avec génération d’hydrogène et autoconsommation collective. Pour chacun de ces scénarios, j’ai réalisé un modèle technique et économique afin d’identifier la solution optimale pour cette ancienne décharge publique.

 

Quelles retombées ton travail va-t-il apporter à Locogen ?

               Tout d’abord, mes rendus vont servir de base sur laquelle le conseil municipal et Locogen vont pouvoir prendre une décision avisée sur quel projet choisir. Il est particulièrement stimulant pour moi de se dire que mon travail se trouve peut-être à la base d’un projet hautement innovant qui pourrait fournir un exemple fonctionnel pour la transition énergétique.

               Ensuite, dans le but de fournir une étude la plus complète possible, je mène des recherches sur des sujets annexes afin d’établir le contexte global du marché. Ainsi, j’ai pu étudier le cadre juridique régulant l’autoconsommation en France, les mécanismes de stabilisation du réseau ou encore les subventions régionales, nationales ou européennes disponibles pour développer de tels projets.

 

Quelques résultats clés obtenus à ce jour ?

               Il est apparu assez rapidement au cours de l’étude que l’autoconsommation collective en France n’est pas assez mature pour être implantée à grande échelle. Les principaux freins à ce développement sont de l’ordre légal et économique car la CRE et l’opérateur de réseau Enedis n’ont pas encore trouvé de modèle sérieux à propos d’une taxe d’utilisation du réseau (TURPE) qui ne pénalise pas ce type de projet. Ainsi, seulement quelques projets d’autoconsommation collective sont en fonctionnement ou en projet en France, et principalement réservés à des bâtiments neufs.

               De plus, après de nombreuses simulations, il a été confirmé qu’il est possible de générer assez d’hydrogène par électrolyse par une centrale solaire de taille moyenne pour alimenter 4 bus de ville à hydrogène. Ceci met en évidence le fait que les collectivités peuvent devenir de réelles actrices de la transition énergétique en prenant le contrôle de la chaîne d’approvisionnement des services qu’elles assurent, notamment en termes de transport de personnes.

 

Comment vois-tu évoluer les choses dans ce secteur de l’industrie ?

               En France, l’autoconsommation en est encore à un état embryonnaire. A la fin de l’année 2017, seulement 20 000 foyers étaient répertoriés par Enedis comme pratiquant l’autoconsommation, contre 380 000 en Belgique, 750 000 au Royaume-Uni ou plus de 1.5 millions en Allemagne. Toutefois, la nouvelle législation entrée en vigueur au début de cette année ainsi que le groupe de travail mené par le Secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu va dans le sens de son développement massif dans les prochaines années.

               Dans le même temps, le gouvernement a annoncé une aide de 100 millions d’euros annuels sur cinq ans pour le développement de l’industrie de l’hydrogène en France. Cette tendance est extrêmement prometteuse dans le cadre de la décarbonisation d’un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre : le transport. C’est pour toutes ces raisons que je pense que nous nous trouvons à un moment charnière de la transition énergétique et j’ai hâte d’apporter ma pierre à l’édifice.